J’ai longtemps cru qu’écrire était une manière de vivre plusieurs vies. Je le crois encore. Une seule ne me suffit pas toujours, même si je reconnais avoir déjà fort à faire avec la mienne.
Je suis née à Paris en 1989. J’ai vécu plusieurs années à Istanbul, puis entre la France et New York, avant de m’installer à Arles. À Istanbul, j’ai étudié la philosophie, commencé à écrire des romans et découvert qu’on pouvait devenir une autre version de soi-même dans une langue étrangère. Je ne sais pas laquelle était la plus sincère. Je ne suis d’ailleurs pas certaine que la question ait un sens.

J’ai publié six livres, chez Gallimard, Robert Laffont, Équateurs, L’Écailler et Actes Sud. Le dernier, Femmes tout au bord, est paru en 2026.
J’écris sur les familles qui s’aiment mal, les amours qui tournent à l’obsession, les désirs qui nous échappent, les deuils qui continuent de travailler les vivants. Sur les êtres qui mentent, parfois pour se protéger, parfois pour obtenir ce qu’ils veulent, parfois sans même s’en rendre compte. Je m’intéresse à la part de cruauté qu’on peut mettre dans la tendresse, et à celle de tendresse qui survit jusque dans la cruauté. Je n’ai pas beaucoup de goût pour les personnages irréprochables.
Avec les années, j’ai compris que mon intérêt pour les personnages ne s’arrêtait pas aux livres. Les gens que je rencontre m’intriguent tout autant : ce qu’ils racontent, ce qu’ils évitent, ce qu’ils répètent depuis vingt ans en jurant qu’ils ont changé. Je ne fais pas exception.
J’ai créé Les Inavouables, des soirées où l’on se retrouve entre inconnus pour écrire et parler de sentiments qu’on préfère d’ordinaire dénoncer chez les autres : la jalousie, la rancune, l’égoïsme, l’avarice, le regret. On y entend des choses drôles, féroces, parfois bouleversantes. Personne n’est tenu de se rendre admirable.
Je propose également des rencontres individuelles d’exploration existentielle. Il ne s’agit pas de devenir une meilleure version de soi-même — expression qui m’a toujours laissée perplexe — mais d’examiner ce qui nous gouverne, ce que nous désirons vraiment, ce que nous faisons subir aux autres et à nous-mêmes. Nous pouvons parler, lire, écrire, marcher. Je ne prétends pas détenir les réponses. Les questions, en revanche, ne me manquent pas.
J’accompagne aussi celles et ceux qui veulent écrire un livre. J’aime ce travail exigeant, parfois ingrat, qui consiste à trouver une forme juste, à couper ce qu’on aime trop, à aller là où le texte résiste.
Je vis aujourd’hui à Arles. J’y écris, j’y reçois, et je continue de m’interroger sur cette étrange affaire qui consiste à être vivant.
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